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Les cinq Sūtras Royaux

Depuis maintenant environ deux ans, nous récitons tous les 15 jours, sur recommandation de Karmapa, les Cinq sūtras royaux.

Présentation

Les Cinq Sūtras Royaux (tibétain : rgyal po’i mdo lnga) sont une collection de textes sacrés vénérés dans les traditions bouddhistes tibétaines, notamment Kagyü et Nyingma. Ils couvrent les cinq piliers de la voie : aspiration, purification, vision, méditation et confession. Attribués au Bouddha Shakyamuni, ils sont souvent récités lors des rassemblements (monlam) ou utilisés en méditation personnelle. Leur force ? Leur simplicité : pas besoin de connaissances complexes, juste une présence attentive.

Ces sūtras, dits « royaux », font partie d’un ensemble plus vaste — les Dix Sūtras Royaux — et auraient été traduits au VIIIe siècle sur recommandation de Padmasambhava, et pratiqués quotidiennement par le roi tibétain Trisong Detsen. Selon les biographies du Guru (Zanglingma, Pema Kathang), leur pratique aurait contribué à prolonger sa vie de treize ans au-delà de ce que prédisaient les astrologues. Ce lien entre pratique spirituelle et transformation concrète de la vie en fait des textes profondément ancrés dans l’expérience humaine.

Parmi eux : la Prière d’Aspiration de Samantabhadra (bienveillance universelle), le Sūtra des Trois Sections (purification via les 35 Bouddhas), le Cœur de la Prajñāpāramitā (vacuité), le Sūtra de la Sagesse du Moment de la Mort (préparation à la transition), et le Dhāraṇi de Vajravidāraṇa (dissolution des obstacles). Ces textes ne sont pas des doctrines à étudier, mais des outils vivants — à intégrer même en marchant, en dormant, ou en étant “paresseux”. Ils s’adressent à tous, débutants comme pratiquants, et rappellent que l’éveil est accessible ici et maintenant.


📖 Le texte de présentation qui suit est un condensé tiré de la publication en anglais : « Five Royal Sutras » (2020)”, éditée par Shri Diwakar Publications et écrit par Thayé Dorjé, Sa Sainteté le XVIIe Gyalwa Karmapa.

Une Introduction à la Sagesse des Sūtras Royaux

Les Cinq Sūtras Royaux sont des textes bouddhiques profonds, choisis parmi des milliers d’enseignements pour leur capacité à guider l’esprit vers la libération. Le terme « royal » ne désigne pas un statut extérieur, mais l’idée que vous êtes le centre de votre propre univers — votre propre maître. Ces sūtras, originellement transmis par le Bouddha Shakyamuni, ne sont pas des discours théoriques, mais des résumés vivants de la sagesse éveillée. Ils sont conçus comme des véhicules : vous pouvez les utiliser pour avancer, ou les considérer comme des chemins sur lesquels vous marchez. Que vous soyez débutant ou pratiquant avancé, ces textes s’adaptent à votre rythme, sans pression ni obligation.

Les Cinq Portes de la Pratique

Ces sūtras représentent cinq dimensions essentielles de la pratique spirituelle :

  1. AspirationLa prière de la conduite excellente — Accepter qui vous êtes, ici et maintenant.
  2. PurificationVajravidharani — Lâcher les illusions de « souillure », comme prendre un bain.
  3. VisionCoeur de la sagesse transcendante — Laisser émerger la sagesse primordiale, sans forcer.
  4. MeditationSagesse du moment de la mort — Cultiver la tranquillité et l’introspection, comme un rire spontané.
  5. ConfessionSūtra des 3 amoncellements — Laisser aller l’anxiété, en reconnaissant la nature vide de nos actes.

Chaque sūtra est un outil simple, accessible même en marchant, en dormant ou en étant « paresseux ». Ils ne demandent pas de performance, mais une présence douce et honnête à soi-même.

Aspiration : Être ce que vous êtes – La prière de la conduite excellente བཟང་པོ་སྤྱོད་པའི་སྨོན་ལམ་གྱི་མདོ།

L’aspiration n’est pas un désir de devenir quelqu’un d’autre. C’est l’acceptation profonde de ce que vous êtes déjà — que vous soyez boulanger, parent, étudiant ou artiste. Cette pratique vous permet de « régner » en paix sur votre propre vie, sans chercher à vous améliorer pour être « digne ». En vous acceptant, vous créez les conditions pour une transformation naturelle. C’est comme si vous vous disiez : « Je suis déjà ce que je cherche. » Et c’est là que tout commence.

Purification, Vision et Méditation : Laisser Faire – Vajravidharani – Coeur de la sagesse transcendante – Sagesse du moment de la mort རྡོ་རྗེ་རྣམ་འཇོམས་ཁྲུས་ཀྱི་མདོ། ཤེས་རབ་སྙིང་པོ་ལྟ་བའི་མདོ། འདའ་ཀ་ཡེ་ཤེས་སྒོམ་པའི་མདོ།

La purification n’est pas un nettoyage forcé, mais un relâchement — comme un bain, une habitude agréable, sans obligation. La vision est subtile : elle ne s’impose pas, elle émerge quand on cesse de forcer, comme observer un oiseau en silence. La méditation n’est pas une rigidité, mais un équilibre entre calme (śamatha) et clarté (vipaśyanā). Elle ressemble à un rire spontané : on ne le force pas, il vient quand on lâche prise. L’histoire de Saraha, qui a atteint l’éveil en observant une forgeronne absorbée par son travail, montre que la vraie concentration, c’est l’ignorance heureuse de ce qui nous distrait.

Confession et la Paresse Éveillée – Sūtra des 3 amoncellements བྱང་ཆུབ་ལྟུང་བཤགས་བཤགས་པའི་མདོ།

La confession, ici, n’est pas un aveu de faute, mais un lâcher-prise — comme quitter une addiction. Les 35 Bouddhas sont des miroirs, pas des juges. Cette pratique reconnaît que nous sommes tous, humains ou non, naturellement paresseux — et c’est une bonne chose ! Ces sūtras ne cherchent pas à vous rendre plus actif, mais à utiliser votre paresse comme carburant. Vous pouvez les pratiquer en marchant, en dormant, en étant « couché sur le canapé ». C’est une voie sans effort, car elle s’adapte à votre nature. « Que cette pratique soit un bienfait pour tous les êtres sensibles. »